Intervenant mardi devant le Conseil de sécurité, la Représentante spéciale du Secrétaire général pour Haïti, Sandra Honoré, a déclaré qu'à la suite de l'organisation, couronnée de succès, des élections du 20 novembre 2016 et du 29 janvier 2017, les perspectives d'avenir du pays se sont nettement améliorées.

Les scrutins ont en effet permis d'installer à tous les niveaux de responsabilité des élus, qui forment la première « structure de gouvernance » d'Haïti depuis 2006, y compris le transfert pacifique de pouvoir au troisième Président démocratiquement élu depuis le déploiement de la Mission des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH).

Contrairement aux dysfonctionnements parlementaires observés en 2015, les 119 sièges de la Chambre basse et 29 des 30 sièges au Sénat ont été pourvus, notamment par quatre femmes, et la cinquantième législature fonctionne régulièrement depuis le 9 janvier dernier, a expliqué Mme Honoré devant les membres du Conseil de sécurité.

Les autorités municipales sont en place depuis près d'un an et la publication des résultats définitifs des élections locales est imminente. À la suite de l'inauguration, le 7 février dernier, du 58ème Président d'Haïti, Jovenel Moïse, le Premier Ministre, Jack Guy Lafontant, et son Cabinet sont entrés en fonctions après l'approbation du Parlement le 22 mars.

« Le retour d'Haïti à l'ordre constitutionnel et le plein fonctionnement de l'exécutif, de l'Assemblée législative et du gouvernement local ont posé les bases d'une réponse aux nombreux défis urgents auxquels le pays est confronté », a assuré la Représentante spéciale.

Selon elle, la situation sur le plan sécuritaire est relativement stable, malgré des signes continus de « fragilité ». La police nationale haïtienne, forte désormais de 14.000 membres, a démontré des capacités accrues dans la planification et l'exécution d'opérations complexes, y compris la sécurisation des élections, tout en déployant simultanément des efforts lutte contre la criminalité et de maintien plus efficace de l'ordre public.

Le développement de la police nationale – notamment dans les domaines de la gestion et de la surveillance internes, dans le ratio police-population et dans la couverture géographique du territoire – devra se faire dans le cadre du nouveau plan stratégique de la police nationale pour 2017-2021pour assurer la viabilité à long terme de l'organe chargé de l'application des lois, a expliqué Mme Honoré.

À cette fin, un soutien international ciblé, y compris de la part de l'ONU, sera indispensable pour permettre à la police nationale d'assumer éventuellement tous les aspects relatifs à la sécurité des citoyens haïtiens, a prévenu Mme Honoré.

Selon elle, les défis politiques demeurent le principal obstacle aux progrès constants dans l'administration de la justice et le respect des droits de l'homme pour véritablement ancrer l'Etat de droit et rendre la police plus efficace tout en créant des conditions propices à l'investissement étranger et national et à la création d'emplois. En effet, a relevé Mme Honoré, le système judiciaire et celui des droits de l'homme continuent de souffrir de multiples insuffisances, notamment le manque de confiance de la population, le degré de responsabilité, la capacité institutionnelle limitée, les taux élevés de détention préventive prolongée et les conditions de détention « inhumaines ».

Compte-tenu des progrès réalisés au cours des 13 dernières années, le Secrétaire général a recommandé la clôture de la MINUSTAH dans six mois et le déploiement d'une opération de maintien de la paix plus modeste axée sur l'Etat de droit, le renforcement de la police, et la surveillance des droits de l'homme.

Un « plan de transition conjoint » permettra d'assurer le transfert progressif de responsabilités au gouvernement, aux partenaires internationaux et à l'équipe de pays des Nations Unies, a expliqué la Représentante spéciale.