À la veille du renouvèlement du mandat de la Mission des Nations Unies d'Appui à la Justice Haïtienne (Minujusth), les États membres du Conseil et « Amis d'Haïti » ont, lors d'une séance de travail, insisté sur la nécessité de réussir la transition du maintien vers la pérennisation de la paix et le développement durable d'un État qui a retrouvé la stabilité politique après des « décennies d'abandon ».

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean-Pierre Lacroix, qui s'est rendu en Haïti à la mi-mars, a présenté le rapport du Secrétaire général sur la MINUJUSTH, le premier depuis l'entrée en fonction de la Mission le 15 octobre 2017.

La transition entre la Minustah et la Minujusth a été saluée comme un succès par de nombreuses délégations. M. Jean-Pierre Lacroix a décrit la MINUJUSTH comme « pleinement opérationnelle » et mettant en œuvre son mandat.

Il a estimé que la série de 11 objectifs présentés dans le rapport constituait un cadre « ambitieux mais souple », dans lequel les Nations Unies peuvent avec confiance transformer leur présence dans le pays. M. Lacroix a souhaité une « relation saine » entre la Mission, le Gouvernement et la population.

Une telle relation est conditionnée par le « respect scrupuleux des obligations réciproques » et un « authentique esprit de solidarité, de respect mutuel et de confiance », a précisé le représentant d'Haïti, Denis Régis, qui a rappelé que le mandat de la MINUJUSTH s'inscrit « dans une perspective différente de la Mission précédente », axée sur la stabilisation.

Mais « au-delà d'un calendrier, la sortie de la Mission doit se fonder sur la réalisation progressive du mandat et l'évolution de la situation sur le terrain », a mis en garde l'Argentine, membre du Groupe des Amis d'Haïti. Ces derniers ont plaidé pour que la présence de la Mission soit ajustée le cas échéant afin de préserver les progrès accomplis au cours des 13 années du mandat de la MINUSTAH.

Comme l'a rappelé la France, les succès engrangés grâce au soutien international « dépendent désormais de la volonté des autorités haïtiennes de s'approprier le travail réalisé jusqu'à présent ».

Pour l'Union européenne, le retour à un fonctionnement constitutionnel normal est certes une condition sine qua non pour permettre à Haïti de faire face aux multiples défis politiques, économiques, sociaux et environnementaux auxquels il est confronté, mais ce n'est pas une condition suffisante. Pour arracher « les racines encore intactes de l'instabilité », il faut, « d'urgence, des réformes courageuses », a plaidé son représentant, pour qui « des signes de la volonté de réforme ont été donnés, qu'il faut désormais concrétiser ».

Pour la plupart des délégations, ces réformes concernent la justice -notamment son accès-, le secteur pénitentiaire, la professionnalisation de la police, la protection et la promotion des droits de l'homme et la lutte contre l'impunité.

Les Pays-Bas ont fait état de « cas inacceptables de violation des droits de l'homme par la Police nationale ».

Le représentant d'Haïti s'est dit « sensible » à ces questions, affirmant que « des réponses sont en train d'être apportées ». « L'état de droit ne se divise pas », a-t-il ajouté, rejetant toutefois la responsabilité de la situation actuelle sur des « décennies d'abandon ».

Il reste que la présence de l'ONU ne doit pas être limitée de manière trop radicale au regard des besoins du pays, a estimé le représentant de la Pologne, pour qui, néanmoins, « le verre est à moitié plein » et qui a souhaité que la prospérité future du pays ne dépende plus de la présence d'une opération de l'ONU.

À cet égard, le Secrétaire général adjoint a estimé, comme après lui la représentante du Royaume-Uni, qu'en créant à l'unanimité la MINUJUSTH, le Conseil avait accordé à Haïti un « vote de confiance » et de reconnaissance des progrès réalisés, progrès dont il y a, selon M. Lacroix, tout lieu de penser qu'ils sont irréversibles.

LLM / radio Métropole Haïti