« Est-ce que je peux sortir ce matin ? » Une question que les journalistes reçoivent tous les jours depuis dimanche. « On est ouvert mais on ne sait pas à quelle heure on va fermer, tout dépend de la situation dans les rues », a répondu au bout du fil une responsable de magasin à un client.

Il est évident que depuis 4 jours, Port-au-Prince respire au rythme de la volonté de Fantômes 509. Ces policiers protestataires sont désormais les maitres de la rue, ils décident de qui sort et quand sortir, de quelle journée sera paisible ou mouvementée. Ils sont à leur troisième démonstration de force en 5 jours. Plus d'une trentaine de véhicules de l'état partis en fumé, trois bâtiments publics partiellement incendiés, des milliers de gens traumatisés, fantôme 509 ne fait pas dans la demi-mesure.

De l'autre côté, le gouvernement réfléchit encore sur la formule pour arrêter tout ceci, mais une chose est sure, ce ne sera pas par les armes à en croire le premier ministre Joseph Jouthe. L'exécutif ne veut pas de carnage et préfère prioriser le dialogue ; mais un dialogue avec qui ? Fantôme 509, est-elle une structure reconnue, officielle avec un représentant ? Portant toujours des cagoules, certains ont même cru que s'il n'y a pas encore eu d'arrestation c'est justement parce que les autorités n'avaient pas identifié les membres du groupe, après tout ce sont des fantômes.

Fantôme 509 est formé de policiers, mais nombreux se demandent si la PNH elle-même n'est pas devenue une institution fantôme, sinon comment aurait-elle pu être aussi invisible quand les protestataires, brulent, tirent et terrorisent dans une capitale qui regroupe près de la moitié de l'effectif de la police.

Depuis 25 ans, Haïti n'a pu compter que sur sa police. Même s'il y avait la Minustah, la police nationale a toujours été une force qui rassure. Aujourd'hui qu'elle est sur le point d'imploser, c'est comme si les autorités et une partie de la population n'en avaient rien à faire. Même la communauté internationale qui a beaucoup investi dans la PNH semble avoir détourné les yeux.

Entretemps, les journées de violences commencent à devenir le nouveau « normal » des Port-au-Princiens ; sans surprise ou presque, les Fantômes commencent à recevoir de la sympathie de la part de certains citoyens. Ils sont acclamés parfois et il y a même des civils non armés qui veulent les accompagner. Est-ce le signe d'un ras le bol, de la naïveté ou juste l'expression politique de cette lutte ? En tout cas, alors que nombreux dénoncent l'agissement de ces individus qui avaient juré de protéger et de servir, d'autres responsabilisent l'état et attendent des autorités établies qu'elles fassent preuve d'efficacité dans la gestion de ce dossier qui expose chaque jour encore plus leur faiblesse.

Luckner GARRAUD Journaliste Radio/Télé Métropole