Ces deux derniers mois en Haïti sont ponctués de petites bonnes nouvelles : Des villes de province profitent de leur 18h de courant électrique par jour, le pouvoir d'achat de certains augmente grâce à la baisse des prix des produits dans les marchés, ceux qui sont payés en gourdes se réjouissent de la chute du dollar ; en gros les citoyens haïtiens devraient pouvoir respirer après une longue période de traversée du désert.

Cependant, il n'en est rien ; impossible de savourer puisque d'autres problèmes demeurent et font de l'ombre à tout le reste. Certains ont changé de camp, d'autres d'environnement ou de forme.

D'abord l'insécurité ; l'angoisse est palpable, la peur s'installe dans les cœurs tant dans la capitale que dans les autres départements. Les assassinats se multiplient, se produisent en plein jour ; le kidnapping touche tout le monde et les rançons désormais sont comptées en million. Mais à côté, il y a les actes de violence.

Vendredi, la nouvelle a surpris tout le monde : la circulation est paralysée sur la route de Bourdon, au niveau de Morne Lazzare, des tirs à l'arme automatique sont entendus. Ce n'est pas Bel-air, Delmas 2 encore moins Martissant ; c'est seulement à quelques mètre du cœur de Pétion-Ville. Des individus armés ont imposé leur loi durant une bonne partie de la journée, échangé des tirs avec la police pour réclamer des activités sociales dans la zone et de l'argent pour « byen pase ». N'est-ce pas un problème qui a changé d'environnement ?

Dimanche, sur les réseaux sociaux, un message très vite devenu viral a bouleversé plus d'un. Il annonçait la fermeture des stations-service à partir de lundi. Si toutes les pompes n'étaient pas vraiment fermées, il se trouve qu'il y a réellement un mot d'ordre de grève lancé par l'association nationale des propriétaires de Stations-services ANAPROSS. Cette dernière proteste contre la décision des grandes compagnies pétrolières regroupées au sein de l'association des professionnels du Pétrole APPE, de ne plus donner de « ristourne » aux distributeurs. En effet, suite aux changements opérés par le gouvernement dans les structures des prix qui réduisent les marges de profit des compagnies, celles-ci ont adopté des mesures pour se protéger. Et au milieu de ce conflit entre l'ANAPROSS et l'APPE, les consommateurs risquent d'être le grand perdant. Quand ce n'est pas le carburant qui manque, ce sont les pompes qui sont fermées, on dirait un problème qui a changé de camp et de forme.

Dans ce pays où tout est « priorité », un président ou un gouvernement n'aurait aucun intérêt à s'obstiner à résoudre à 100% un problème en fermant les yeux sur les autres. Ici tout s'imbrique, tout est lié et tout agit sur tout.

Luckner GARRAUD Journaliste Radio/Télé Métropole • • • ________________________________________