Les temps changent, le monde évolue ; au passage de nouvelles réalités voient le jour et pour certaines elles sont préoccupantes. Haïti n'échappe pas aux conséquences de cette mutation ; c'est en ce sens que l'on assiste à des « nouveau Normal » (New Normal) dans le pays qui inquiètent.

Il fut un temps où un voleur, un bandit avait plus peur de la sanction morale que de la prison. Jusqu'à la troisième génération, les descendants d'un repris de justice pouvaient avoir à supporter les regards pesants et humiliants de leurs voisins. Mais aujourd'hui la tendance est inversée ; les bandits, les kidnappeurs, les chefs de gangs agissent tel des superstars et si l'on veut exagérer on dirait qu'ils sont les nouvelles vedettes de la place. Ils ont d'abord commencé par faire des apparitions publiques pour ensuite occuper l'espace médiatique, et à présent, les bandits sont des bienfaiteurs.

Pour être le suspect numéro 1 dans la séquestration suivie d'assassinat de la jeune écolière Evelyne Sincère, l'arrestation d'Obed Kiki Joseph était souhaitée par de nombreux citoyens. Et lorsqu'on sait que s'il est entre les mains de la police c'est grâce à Jimmy BBQ Cherisier, chef de gang recherché, leader du G9, certains craignent que ce dernier ne passe dans l'opinion comme le héros de l'histoire. Déjà dans certains quartiers, les bandits sont acceptés par les habitants car ils garantissent leur sécurité, résolvent certains problèmes, assurent la distribution de nourriture entre autres.

S'il y a peu, il était inconcevable d'entendre un bandit notoire à la radio, aujourd'hui ils deviennent l'invité idéal pour tous ceux qui veulent avoir de l'écoute facile, ils envahissent les réseaux sociaux et parviennent à mobiliser des milliers d'utilisateurs regardant leur séance de vidéo en direct.

Mais au-delà de leur comportement, disons mieux leur audace, le plus inquiétant, c'est que cela ne choque presque plus ; plus cela dure, plus la société s'adapte et c'est ainsi que la pratique risque de devenir, s'il ne l'est pas déjà, le « nouveau Normal ». Combien de temps encore avant que les citoyens ne se mettent à faire appel à un chef de gang quand ils ont un problème plutôt que de contacter la police ?

Dans cette triste et préoccupante réalité, qui doit-on blâmer ? Le bandit qui s'impose, la société qui s'accommode ou l'état qui laisse faire ? Qui tente de comprendre ce phénomène ? Quel sociologue, psychologue ou anthropologue est interpellé et essaie d'apporter des éléments de réponse ? L'université haïtienne tente-t-elle seulement de produire des réflexions sur ce sujet de préoccupation ?

Le pays glisse et tout le monde semble se dire qu'on ne peut pas aller plus bas, mais entretemps, il continue de glisser, on n'a qu'à espérer que le réveil ne sera pas trop tardif…

Luckner GARRAUD Journaliste Radio/Télé Métropole Publicitaire/MC (509) 3714 4958 garluck4@yahoo.fr